Jeudi 30 octobre 2008

Tout le Pérou réuni dans un bus. En repartant de Puno lundi matin pour Cusco, je m’attends à un long voyage fatigant mais pas à être amusée par autant de folklore ! Pour cause de grève à Sicuani, aucun bus ne peut prendre la route principale en direction de Cusco. En revanche, passer par un autre chemin semble possible… mais à quel prix ! 12h de voyage au lieu de 7 et 50 soles au lieu de 20 !! Comme j’ai déjà un jour de retard sur mon retour et apriori une journée entière de stage ratée, je ne me risque pas à attendre 1h de plus que les autres agences ouvrent et achète la toute dernière place à bord du bus Power (vous savez la place du fond en face du couloir, là où on est serré contre les autres et où on ne peut pas baisser son siège… c’était ma place !). Evidemment, ce ne sera pas un bus « Power-tuning » ni un « Power-express », mais bien un bus tout pourri, inconfortable au possible, bruyant, froid au début, chaud à la fin… Bref, rien que de penser à la journée qui m’attend, je suis déjà abattue par une extraordinaire flemme.

Nous partons le bus presque vide, on va sûrement faire escale à Juliaca pour laisser monter le reste de l’équipage. Il fait un froid de canard, le chauffeur a mis du wayno à fond (musique traditionnelle andine, tu prends un air et tu changes les paroles pour faire une nouvelle chanson, en gros c’est ça) et là je pense que la crise de nerfs risque de survenir beaucoup plus vite que prévu ! Heureusement pour ma santé mentale, le wayno n’a pas duré !

Arrivés à Juliaca 1h30 plus tard, effectivement une foule envahit le bus. Je n’ai jamais vu un bus aussi chargé, entre les baluchons colorés des mamitas parfois plus gros qu’elles, les cartons, les sacs de voyages et les sacs en plastiques remplis de toutes sortes de choses, il y en a de partout. Je me dis qu’il doit y avoir au moins autant en poids de bagages qu’en poids humain. Et ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que ce bus est loin d’être aménagé pour charger autant d’attirail ! Mais c’est pas grave, on en met partout où il y a des trous, on demande à son voisin d’à côté, de derrière ou du fond s’il peut installer une caisse sous ses pieds, et celui-ci accepte volontiers. Je suis pantoise (héhé, merci le dictionnaire des synonymes, j’avais oublié que ce mot existait !) devant autant d’entraide entre les gens. Ce ne serait pas en France qu’on pourrait encombrer ses compagnons de voyage sans se faire insulter ou tout au moins remis à sa place poliment. En attendant, moi je profite de l’arrêt pour m’acheter una mantita (petite couverture) pour faire comme tout le monde et aussi parce qu’il fait froid. Au Pérou, qui dit voyage dit couverture, personne ne voyage sans. On m’en propose une à 16 soles, mes voisines me soufflent « 12, 12 ! », 12 soles la mantita donc. Je m’enveloppe dedans et c’est reparti. A ma gauche deux petites mamitas, à ma droite une fille et sa mère bien sympathiques.

Dans un bus folklorique péruvien, le mouvement est continuel. Des femmes montent dans le bus pour vendre couvertures, boissons, casse-croûte, etc. On a également eu droit à une campagne de santé sur environ 15km ! Un mec faisait sa pub pour des granules anti-inflammatoires à base de plantes chinoises, bonnes pour les reins, le foie, la chaude pisse pour les hommes qui l'auraient attrapé « à cause des femmes », et les gaz, rien que ça ! Chacun a le droit de goûter à une granule avant de se décider à acheter le lot de deux tubes pour le prix d’un et le troisième offert. J’observe la scène avec autant de surprise que d’amusement.

Puis un homme se met à chanter (faux) en tapant dans ses mains avant de demander un pourboire.

A 10h30, je me retrouve à manger un asado de cordero (agneau rôti) avec pommes de terre braisées que des mamitas sont venues vendre dans le bus pour ceux qui veulent. Comme j’ai déjà un peu faim, je me laisse tenter par un peu plus de folklore et demande moi aussi ma petite poche plastique. (Entre parenthèse, c’était très bon, même à 10h du mat’ !). Autour de moi, tout le monde tape la discut’ à son voisin, lui raconte sa vie même s’il ne le connait pas. Je trouve tout ça plutôt sympa.

Puis les distractions se sont faites plus rares, laissant peu à peu place à l’ennui… Dehors il pleut, mais on peut tout de même apercevoir entre la buée et les gouttes qui coulent sur la vitre un joli paysage.

Pause pipi : ah non non, pas de sanitaires ! On s’arrête en pleine pampa et tout le monde pisse à côté de son voisin ou sa voisine, tous dans le même bateau jusqu’au bout !

Puis le bus recommence à tanguer sur la piste. Les 4 dernières heures m’ont été gesticulantes, je ne tenais plus en place, j’avais chaud, mal aux fesses et vraiment hâte de rentrer à la maison. Je n’ai pas encore la patience des Péruviens ! En tout, environ 3h de route normale et 9h de piste, wouhou ! Nous devions arriver à 17h, nous sommes arrivés à 19h… Normal, « TIP » comme dirait Javier : This Is Peru ! ;)

Par Leslie
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